Être complexée… d’être mince

6 juillet 2016

Être complexé d'être mince

J’ai toujours été mince. C’est dans ma génétique, je n’y peux rien. La majorité de la famille de ma mère est composée d’humains grands et sveltes. J’étais celle qui mangeait le plus de mon cercle d’amies durant mon adolescence et je ne prenais pas un gramme. Je n’avais aucun mérite, aucun contrôle là-dessus.

J’ai été élevée par une mère qui a une relation très saine avec la nourriture et l’apparence physique. Nous mangions des aliments de qualité, mon père faisait son propre pain et j’ai appris l’importance de connaître la provenance de ce que je mangeais. Chez nous, les frites et les petits gâteaux d’épicerie étaient synonyme d’exception et de fête. Pas parce qu’ils faisaient engraisser, mais parce que ce n’était pas des aliments entiers et santés. Je jouais dehors, je mangeais des légumes du jardin et il n’y avait aucune balance dans notre maison. Je ne savais même pas ce qu’étaient les calories.

À l’adolescence, j’ai été confrontée à la vision des gens sur le poids et sur le physique. J’ai appris sur le tas des dizaines de règles non-écrites qui m’étaient alors inconnues. Je n’avais pas de sœur plus vieille pour m’éduquer là-dessus et ma mère vivait sans se soucier de l’opinion des gens. Ça a crée une insécurité chez la petite fille que j’étais. J’essayais de plaire à un système qui n’était jamais satisfait et qui me demandait des choses que je ne comprenais pas.

La première fois que ma meilleure amie du secondaire m’a invité à souper chez elle, son père a demandé si quelqu’un voulait un deuxième service : j’ai dit oui, parce que j’avais encore faim. Ça lui a plu, j’avais de l’appétit. La mère de mon amie, qui suivait le guide de Kilo-Cardio, a remarqué avec un soupir que « C’est l’fun d’être mince! ». Je n’ai pas relevé sur le coup, son ton étant plus teinté de regret que de méchanceté. J’ai mangé en leur compagnie un nombre incalculable de fois et d’autres commentaires de ce genre m’ont été dit. « Y que j’aimerais ça être grosse comme toi! ». Ou bien le traditionnel : « Arrête de te plaindre, TOI t’es mince ». J’avais le goût de m’excuser d’être moi. Mais même si ces commentaires étaient un peu dérangeants, ils n’étaient pas méchants. Je pouvais même essayer de les prendre comme des compliments.

Une amie en surplus de poids dans ces mêmes années m’a dit, et je ne l’oublierai jamais : « S’pour ça que t’es célibataire toi. T’es trop mince. Les gars aiment pas ça quand les os des hanches paraissent. » Ce genre de commentaire, sur une jeune fille de 15 ans en crise identitaire, peut être dévastateur. Un garçon, ami d’une de mes amies, m’avait fait un commentaire sur le fait que j’avais une poitrine menue : « Les gars aiment pas ça les p’tits seins. » Et oui, les grandes jambes et le ventre plat viennent avec les petits seins la plupart du temps. Encore une fois, ce commentaire est encore présent dans mon esprit très clairement. Merci à ces personnes pour leur généralisation abusive de la gente masculine qui m’a fait perdre ma confiance à séduire le sexe opposé.

Une partie de moi est mal à l’aise de publier un article comme celui-ci. Je ne me sens pas le droit de me plaindre ou d’exprimer ces sentiments. J’ai toujours essayé de garder mes commentaires sur le physique des autres pour moi. Je suis quelqu’un qui fait des blagues souvent, mais jamais au grand jamais sur le poids. Je sais que c’est un sujet sensible. C’est pour cette raison que j’ai toujours réagi difficilement aux commentaires des gens qui me reprochaient ma silhouette élancée. Je n’y étais pour rien. Lorsque j’ai fais mes études en pâtisserie, c’était la chose qui me dérangeait le plus : Les commentaires. « Si je faisais ce métier, je mangerais tout le temps! ». « Je mange tout le temps ». « Oui, mais toi… t’as de la marge, t’es mince. » Oui, je goûtais ce que je faisais. J’aime manger. Et lucky me, je n’engraisse pas. Ça ne veut pourtant pas dire que je suis à l’abri du diabète ou du cholestérol.Et je mangerais du gâteau même si ça paraissait sur la balance. La vie est trop courte pour se priver de manger du chocolat. Ou de la poutine.

Depuis plusieurs années, il y a une tendance pour l’acceptation du corps. Je trouve que c’est vraiment chouette. Par contre, j’ai parfois l’impression qu’on tombe dans l’excès contraire. Les chansons pour la diversité corporelle vantent le mérite d’avoir des courbes, disent que les hommes aiment ça et que c’est plus beau qu’un corps plat. Thanks. Les propos haineux pour les gens naturellement minces ou bien qui s’entraînent beaucoup passent souvent dans l’ombre. On trouve que ce n’est pas correcte de traiter une femme ronde de grosse, mais qu’en est-il de traiter une fille mince d’anorexique? L’important est d’être en santé, non? Trop maigre ou trop gros, ce n’est pas bien. Les gens semblent l’oublier. Le corps de chaque personne est différent. Une personne comme Ashley Graham est aussi magnifique qu’une personne comme Kendall Jenner. La confiance en soi brille beaucoup plus qu’un ventre plat dénudé par un crop-top, qu’on soit mince ou non.

Aujourd’hui, j’ai fais la paix avec tout ça. Je ne me pèse toujours pas. Je mange toujours santé parce que ça me fait me sentir bien, pas parce que la laitue est basse en calories (j’ai appris ce que ce mot voulait dire). Je mange de la poutine, du chocolat et des croissants au beurre. Tout en quantité raisonnable, en misant sur le plaisir, sans en faire une habitude. J’ai arrêté d’essayer de m’excuser aux gens. En fait, leurs « T’es tellement mince! » sur un ton méprisant me portent encore sur les nerfs, mais je leur adresse un sourire poli et je m’éloigne. Je mise sur ma santé et j’écoute mon corps. Je suis bien dans ma peau, avec mes petits seins et mon long nez, avec mes genoux noueux et mes longs pieds. J’ai appris à m’accepter totalement, avec beaucoup d’amour. Et puis je mets en pratique le plus bel enseignement de ma mère : On s’en fou de l’opinion des autres. L’important est d’être bien dans ses vêtements, d’être à l’aise pour courir et rire, pour danser et s’asseoir dans l’herbe. L’important est que moi, je me trouve belle et forte.

xx Josianee .

By Josiane

Bloggeuse, étudiante, lectrice assidue, rieuse et adepte du bonheur, Josiane cherche continuellement de nouveaux trucs pour remplir son quotidien de magie et de bien-être. Elle retrouve son essence en nature et rêve de vivre de son écriture, installée dans une petite fermette de campagne.

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